Le Clean Industrial Deal — « pacte pour une industrie propre » — est la feuille de route présentée par la Commission européenne le 26 février 2025 pour faire de la décarbonation un moteur de compétitivité, et non un coût. Il prévoit de mobiliser plus de 100 milliards d’euros en faveur de la production propre dans l’Union, dont une future Banque de la décarbonation industrielle alimentée notamment par les recettes du marché carbone (SEQE). Il s’articule autour de six leviers : énergie abordable, débouchés pour les technologies propres, financement, circularité, compétences et commerce.
Article rédigé par le Dr Konstantin Ilchev, docteur en droit et président de la Société Générale de Transitions. Publié le 16 juillet 2026.

Qu’est-ce que le Clean Industrial Deal ?
Le Clean Industrial Deal (CID) est une communication de la Commission européenne présentée le 26 février 2025 (Commission européenne — Clean Industrial Deal). Il prolonge le Pacte vert pour l’Europe, mais change d’angle : là où le Green Deal fixait le cap climatique, le CID cherche à concilier décarbonation et compétitivité industrielle, dans le sillage du rapport Draghi sur la compétitivité européenne.
Le constat de départ est double. D’un côté, l’industrie européenne subit des prix de l’énergie élevés, une concurrence mondiale intense et une réglementation jugée complexe. De l’autre, l’industrie reste responsable de 20,3 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union (2022), et le marché mondial des technologies propres devrait tripler d’ici 2035. Le pacte vise donc à ancrer en Europe deux familles d’acteurs : les industries à forte intensité énergétique (acier, métaux, ciment, chimie, papier) qui doivent décarboner, et le secteur des clean tech qui portera la compétitivité future.
Le CID s’inscrit dans une trajectoire climatique claire : neutralité carbone en 2050, avec un objectif intermédiaire, désormais adopté, de réduction des émissions nettes de 90 % à l’horizon 2040 par rapport à 1990 (Commission — objectif climat 2040).
Combien mobilise-t-il, et via quels instruments ?
Le pacte ne crée pas un fonds unique : il combine des instruments existants et nouveaux. Les principaux dispositifs financiers et réglementaires annoncés sont les suivants.
| Instrument | Montant / échéance | Objet |
|---|---|---|
| Mobilisation globale | Plus de 100 Mds € | Soutenir la production propre dans l’UE |
| Banque de la décarbonation industrielle | Cible ~100 Mds € (recettes SEQE, Fonds pour l’innovation, InvestEU) | Financer les projets de décarbonation industrielle |
| Plan d’action pour une énergie abordable | Jusqu’à 260 Mds €/an d’économies visées en 2040 | Baisser durablement le coût de l’énergie |
| Encadrement des aides d’État (CISAF) | Adopté le 25 juin 2025 | Simplifier et élargir les aides nationales |
Deux points méritent l’attention des dirigeants. D’abord, la Banque de la décarbonation industrielle serait alimentée en partie par les recettes du Système d’échange de quotas d’émission (SEQE), ce qui relie directement le prix du carbone au financement de la transition (voir notre article sur la tarification carbone : SEQE, ETS2, MACF). Ensuite, le nouvel encadrement des aides d’État CISAF (Clean Industrial Deal State Aid Framework), adopté le 25 juin 2025, autorise les États membres à soutenir plus largement les coûts de l’énergie, la décarbonation et la production de technologies propres (Commission — CISAF).
Quels sont les six piliers du pacte ?
- Énergie abordable — un plan d’action dédié pour découpler le prix de l’électricité de celui du gaz, accélérer les renouvelables et améliorer les interconnexions, avec des économies estimées jusqu’à 260 Mds €/an en 2040.
- Débouchés pour les technologies propres — stimuler la demande via des critères de durabilité et de contenu européen dans les marchés publics et privés (un futur « Industrial Decarbonisation Accelerator Act »).
- Financement — mobiliser plus de 100 Mds €, dont la Banque de la décarbonation industrielle.
- Circularité et matières premières — renforcer le réemploi et le recyclage, sécuriser l’accès aux matières premières critiques (voir notre décryptage du Critical Raw Materials Act).
- Compétences — une « Union des compétences » pour former la main-d’œuvre des filières propres et créer des emplois de qualité.
- Commerce et partenariats — des partenariats commerciaux « propres » (Clean Trade and Investment Partnerships) et des outils de défense commerciale.
Ces six leviers s’articulent avec les textes déjà adoptés en 2024, notamment le Net-Zero Industry Act qui fixe des objectifs de capacités de production propres, et le Fonds pour l’innovation qui finance déjà des projets bas-carbone.
Ce que cela change pour les entreprises françaises
Pour une PME ou une ETI industrielle, le Clean Industrial Deal n’est pas un guichet direct, mais un cadre qui débloque de nouveaux financements nationaux et européens. Concrètement, trois réflexes s’imposent :
- Cartographier ses coûts énergétiques et carbone — le pacte cible en priorité les industries énergo-intensives ; un bilan précis conditionne l’accès aux aides.
- Anticiper les critères de durabilité et de contenu européen qui apparaîtront dans les appels d’offres publics et les cahiers des charges.
- Structurer ses projets de décarbonation pour être prêt à candidater aux dispositifs adossés au CID (Fonds pour l’innovation, aides d’État CISAF, futures fenêtres de la Banque de la décarbonation).
C’est précisément le travail que nous menons dans notre offre Financements et Juridique : identifier les dispositifs pertinents, sécuriser l’éligibilité et monter les dossiers. Nos formations permettent par ailleurs aux équipes de s’approprier ce cadre européen en mouvement.
Questions fréquentes
La Commission européenne a présenté le Clean Industrial Deal (pacte pour une industrie propre) le 26 février 2025, accompagné du Plan d’action pour une énergie abordable.
Le pacte prévoit de mobiliser plus de 100 milliards d’euros pour la production propre, dont une future Banque de la décarbonation industrielle alimentée notamment par les recettes du marché carbone (SEQE).
Le Green Deal fixe le cap climatique de l’UE (neutralité carbone en 2050). Le Clean Industrial Deal en est le volet industriel : il cherche à concilier décarbonation et compétitivité, en baissant les coûts et en soutenant la production propre.
Textes de référence
- Commission européenne — Clean Industrial Deal (26 février 2025)
- Plan d’action pour une énergie abordable — COM(2025) 79 (EUR-Lex)
- Commission européenne — encadrement des aides d’État CISAF (25 juin 2025)
- Parlement européen — Pacte pour une industrie propre
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